Cheikh Anta Diop, le Pharaon du savoir

Arrivé en France pour poursuivre ses études dans les années 1940, Cheikh Anta Diop y a passé plus d’une décennie. Il est reparti au Sénégal après la validation de sa thèse en 1960. Ce qui en fait l’un des premiers membres de la diaspora sénégalaise et africaine à Paris. Les enseignements de son séjour parisien ont eu un impact sur la trajectoire de sa pensée et le fondement de ses analyses. A Paris, pour parler de l’avenir de l’Afrique, Cheikh Anta Diop refusait le terme « Balkanisation ». Il préférait « Sud-américanisation » pour évoquer le destin de l’Afrique post coloniale. Ainsi en 1960, le professeur Diop prophétisait que l’Afrique « verrait une prolifération des petits États dictatoriaux sans liens organiques, éphémères, affligés d’une faiblesse chronique, gouvernés par la terreur à l’aide d’une police hypertrophiée, mais sous la domination économique de l’étranger, qui tirerait ainsi les ficelles à partir d’une simple ambassade, comme ce fut le cas au Guatemala, où l’on assista à cette situation extraordinaire : une simple compagnie étrangère, l’United Fruit (USA), renversa le gouvernement local pour lui subsister un autre à sa convenance, en lien avec l’ambassade américaine, prouvant ainsi la vanité de la prétendue indépendance d’un tel État ». La voracité de certaines multinationales sur les ressources du continent et les destins politiques en Afrique lui donne encore raison, même 30 ans après sa disparition.

 

Avec Cheikh Anta Diop, l’historien n’est plus simplement un « prophète du passé » pour contredire la définition que le Français Jean Tulard a voulu gravir dans le marbre. Le savant sénégalais fut l’un des premiers lanceurs d’alerte. Aujourd’hui, la diaspora africaine dans son ensemble le met au rang de visionnaire et lui voue une admiration – méritée – inconsidérée. Le rôle des noirs dans la civilisation de l’Égypte antique, l’unicité culturelle et linguistique en Afrique, les fondements économiques pour le développement de l’Afrique sont quelques un des points de sa pensée qui constituent une source de fierté pour les diasporas africaines. Dans certaines universités américaines, ses travaux intitulés les « Diop’s Studies » sont au programme. En France, si le conservatisme vis-à-vis de sa pensée est malheureusement toujours d’époque, les diasporas noires intéressées par leur identité et leur « vraie » histoire achètent ses livres, participent aux réflexions et conférences sur l’homme et son œuvre. Une revanche posthume. On se rappelle qu’en 1953, l’égyptologue Diop n’avait pas réussi à réunir un jury pour présenter sa thèse à cause d’une méfiance idéologique de la communauté scientifique occidentale. C’est sept ans plus tard que Cheikh Anta Diop réussira à présenter sa thèse à la salle Louis Liard de l’Université de la Sorbonne.

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