La lutte sénégalaise : un ardent mélange de sport, de tradition et de modernité !

Le saviez-vous ?

La lutte sénégalaise dit Laamb en wolof, est un sport national au Sénégal qui enflamme les passions de tous les Sénégalais ! Cela n’est pas étonnant, car plus qu’un sport, il s’agit d’un phénomène social qui incarne toute une tradition sénégalaise. L’arène de combat tout entière se transforme en un terrain d’expression de toute une identité culturelle sénégalaise, avec ses pratiques corporelles, ses croyances, ses rythmes, ses chants, ses danses. Au Sénégal, le Laamb est littéralement devenu plus populaire que le football, pourtant sport universel !

La lutte sénégalaise prend ses racines d’une coutume rurale ancestrale

La lutte était autrefois une fête rythmique qui intervenait après une récolte abondante chez le peuple Sérère ou après une bonne pêche chez le peuple Lébou. Sport de contact réservé uniquement aux hommes, elle permettait, tout en se divertissant, de mesurer le courage, l’adresse, la loyauté et la force des hommes-guerriers. Des tournois de lutte étaient alors organisés pour déterminer le champion du village entre les localités voisines. Cette pratique rituelle participait également à l’éducation des jeunes lutteurs en forgeant des valeurs sociales fortes et importantes en société : respect d’autrui, connaissance des différentes strates de la société et obéissance aux normes.

 

Aujourd’hui professionnalisée et régulée, la lutte sénégalaise s’est véritablement modernisée

La lutte sénégalaise a beaucoup évolué pour s’adapter à son environnement socio-économique. Sport amateur à l’origine, elle s’est très vite imposée comme un sport professionnel. Un véritable cadre s’est alors rapidement développé pour institutionnaliser la pratique de ce sport dans tout le pays. Des écuries se sont progressivement substituées aux villages pour son enseignement, et cela, en réponse à la demande d’adhésion chez les jeunes de plus en plus croissante. En effet, il est tout aussi prometteur au Sénégal de faire carrière dans le Laamb que dans l’univers du football, les cachets des lutteurs pouvant s’élever à plusieurs dizaines de milliers d’euros !

Il faut dire aussi que la popularisation de la lutte sénégalaise a été grandement possible grâce à d’importants investissements pour entraîner les lutteurs à un niveau national voire international, à une forte augmentation de sa médiatisation commerciale et à un haut sponsoring procurant à ce sport le crédit et la crédibilité escomptés.

Par ailleurs, les techniques de combat se sont également modernisées. C’est ainsi que sous l’influence de la période coloniale, la lutte sénégalaise traditionnelle a laissé place aujourd’hui à la « lutte de frappe », tenant de la boxe et autorisant les coups de poings pour mettre KO son adversaire. Toute cette modernisation de la pratique a d’ailleurs nécessité la mise en place d’un cadre fédérateur mais aussi régisseur de règles devenues plus rigoureuses : entre 1 et 45 minutes de combat, le premier des deux adversaires qui met ses quatre appuis au sol, qui se couche sur le dos ou qui est éjecté hors de l’arène, est déclaré perdant.

 

La lutte sénégalaise tire sa grande spécificité de son univers folklorique fascinant

Dès leur entrée dans l’arène, les lutteurs effectuent une danse au rythme des percussions du tam-tam pour séduire le public. En accompagnement de cette frénésie dansante, des griots et griottes chantent les prouesses des athlètes et rendent hommage à leur bravoure, les poussant ainsi à se surpasser durant toute la durée de la lutte. La lutte sénégalaise est ainsi auréolée de nombreux chants et danses censés galvaniser les lutteurs mais pas que : il s’agit aussi d’un rituel servant à intimider l’adversaire !

 

Une préparation mystique au préalable est fondamentale

Avant l’affrontement proprement dit, c’est l’occasion de brandir les gris-gris (talismans), héritage bien vivant des croyances animistes du pays et véritable fait de société faisant partie du quotidien des sénégalais. Ainsi, en complément de la préparation physique, c’est tout un cortège de marabouts qui vient accompagner les athlètes dans l’arène de combat et formuler des prières salvatrices, censées conjurer le mauvais sort et donner la victoire à leurs protégés qui parcourent l’arène tout ruisselants de leur bain mystique.

Quel serait l’intérêt d’un combat de lutte au Sénégal sans son cérémonial, son attirail de rituels et de croyances, qui donnent à l’événement toute sa substance, toute sa tension, toute sa magie ? Le résultat est là aujourd’hui : les combats de lutte sénégalaise sont devenus de grands moments sportifs, capables de mobiliser tout un pays jusqu’à sa diaspora. Un match de lutte sénégalaise vaut tout simplement le détour !

 

Pour approfondir sur cet art rituel du combat au Sénégal

Deux ouvrages majeurs à découvrir : « Corps en lutte » de D. Chevé et« L’appel des Arènes » de A. Sow Fall.

 

Par Souleymane N’Diaye

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