Non, être noir(e) et français(e) n’est pas un oxymore

En France, sur 67 millions d’habitants, nous serions entre 3% et 8% à porter cette mythique couleur de peau, apanage de nos ancêtres. Soit, approximativement 5 millions de citoyens français à part entière, DOM TOM inclus. Mais, sommes-nous véritablement reconnus comme tel ?

La question se pose car en tant qu’afro-descendants, chacun(e) d’entre nous a reçu en héritage cette peau de couleur bronze ou ébène et, il faut bien le dire, elle ne passe jamais inaperçue notamment en Occident. En France tout particulièrement, de récents sondages réalisés au sein de la communauté noire, indiquent incontestablement que lorsque l’on naît avec la peau noire, l’accès à l’emploi, au logement, aux restaurants et boites de nuits soucieux de maintenir une clientèle de haut rang, relève souvent du parcours du combattant.

La réalité de millions de citoyens

Qu’on daigne le reconnaître ou non, lorsque vous êtes noir(e) en France, que vous aimez ce pays et que vous disposez de sa citoyenneté et, en principe, de tous les droits et les devoirs qui en découlent, votre réalité ne sera pas du tout la même que celle d’un citoyen français à la peau blanche.

C’est ce que dénote le fameux « oui, mais t’es d’où ? » largement adressé aux citoyens noirs de France lorsqu’on leur demande d’où ils viennent et que ceux-ci répondent en donnant le nom d’une ville française dans laquelle ils ont pourtant réellement habité et dont ils se sentent originaires.

« Noir » n’est ni une origine ni une classe sociale

On peut être noir et avoir toujours vécu en France, être nés de parents français et avoir des grands parents français. C’est le cas de centaines de milliers d’antillais. De ce fait, un français noir peut être bien plus « français » qu’un français blanc dont l’un des parents serait originaire d’un autre pays.

On peut être noir, originaire de Madagascar, du Cameroun, du Sénégal, vivre en France depuis de longues années ou y être né et se sentir profondément français.

Tout comme on peut être noir et ne pas systématiquement appartenir aux 60% de la population française constituant les « classes populaires » mais compter parmi les « classes moyennes salariées » ou être rattaché à la « classe de confort ».

L’idée préconçue selon laquelle le noir vient forcément d’Afrique, qu’il réside dans les quartiers populaires et jouit d’un pouvoir d’achat limité, alimente les clichés profondément ancrés dans l’inconscient collectif français et dont il ne tient qu’au bon vouloir des membres de la société pour les déraciner car, comme s’interrogeait le sociologue Pierre Bourdieu, « qu’est-ce qu’un citoyen qui doit faire la preuve à chaque instant de sa citoyenneté ? »

La situation des citoyens antillais est particulièrement alarmante.

Alain Mabanckou, écrivain d’origine congolaise et professeur à l’université UCLA en Californie, affirme que l’illustre Aimé Césaire avait déjà tout annoncé dans son célèbre Cahier d’un retour au pays natal. Dans cette œuvre poétique, à l’instar du martiniquais Frantz Fanon, Aimé Césaire dépeind entre autres, le « cri » des citoyens français antillais en proie à des conditions de vie aussi sévères qu’éloignées de celles de leurs concitoyens de la métropole. Alain Mabanckou poursuit en affirmant qu’il s’agit pour la France « d’écouter les revendications des Antillais (…) car c’est surtout de respect dont il s’agit : comment prendre les Antillais pour des français à part entière et non pour des Français entièrement à part. »

La représentation des noirs dans les médias reste clé

Les médias représentent le moyen le plus efficace de communication et de contrôle de la pensée collective. Pour modifier un insconscient collectif qui joue contre nous et participe à notre exclusion, il faut réaliser un travail au niveau des conciences. Or, quel autre outil plus précieux que la télévision, les journaux, le cinéma ou internet? Plus on verra de citoyens noirs français, dignes et respectables, à l’écran, plus on entendra parler d’eux dans les médias et plus les noirs commenceront à exister en tant que tel au sein de la société.

Il faut demeurer optimiste et persévérant.

Avec des succès enregistrés au box-office français tels qu’Intouchables (2011), qui a récompensé le talent du sénégalais Omar Sy, l’hilarante comédie Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu (2014) qui a exposé la plupart des clichés dont sont victimes les minorités, ou plus récemment, la brillante comédie Il a déjà tes yeux (2017) du réalisateur martiniquais Lucien Jean-Baptiste, qui déconstruit avec brio les préjugés et contribue avec humour à l’évolution des mentalités, l’espoir semble toutefois être permis.

Espérons que cette progression bien que lente, encourage la France à reconnaître un beau jour sa diversité et ainsi, à prendre en considération l’ensemble de ses citoyens.

Noémie SAAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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